La liberté d’aller et venir : une liberté fondamentale reconnue par la loi

En France, la liberté d’aller et venir est consacrée comme un droit fondamental par plusieurs textes : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (article 4 et 5), mais aussi par la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale.

Cette loi est particulièrement claire : toute personne accueillie en EHPAD ou en résidence autonomie doit pouvoir conserver sa liberté d’aller et venir, sauf risque avéré et justifié pour sa santé ou celle des autres. L’Arrêté du 26 avril 1999 sur les droits des usagers le rappelle également, tout comme la Charte des droits et libertés de la personne âgée en situation de handicap ou de dépendance (article 8).

  • 93 % des résidents d’EHPAD présentent des troubles cognitifs légers à sévères (source : Étude DREES, 2020), ce qui complique l’application stricte de ce droit dans toutes les situations.
  • Le Conseil constitutionnel a jugé en mars 2022 que la liberté d’aller et venir s’applique pleinement sauf décision médicale exceptionnelle et temporaire (décision n° 2022-1010 QPC, 30/03/2022).

Quelles limites à la liberté d’aller et venir ?

Dans la réalité des maisons de retraite médicalisées (EHPAD), la liberté d’aller et venir connaît quelques limites, principalement liées à la sécurité. Plusieurs situations peuvent amener l’établissement à encadrer ou restreindre cette liberté.

Quand peut-on restreindre cette liberté ?

  • Risques de chute : certains résidents présentent des troubles de l’équilibre. Les portes d’accès extérieures peuvent être sécurisées pour éviter des chutes dans les escaliers ou à l’extérieur.
  • Déambulation dangereuse : en cas de troubles cognitifs (Alzheimer, démence), le risque d’errance hors de l’établissement existe. Certains seniors pourraient, sans surveillance, se mettre en danger ou se perdre.
  • État de santé instable : accident vasculaire cérébral récent, désorientation brutale, risque suicidaire identifié.

Toute restriction doit impérativement être proportionnée, justifiée et temporaire. Une décision médicale, collégiale, et documentée s’impose. La HAS (Haute Autorité de Santé) recommande d’examiner chaque cas individuellement, avec réévaluation régulière (HAS, Guide pratique 2021).

Les restrictions collectives : retour d’expérience de la crise sanitaire

La pandémie de COVID-19 a amené des restrictions collectives inédites : confinements en chambre, suspension des sorties. Si ces mesures visaient la sécurité sanitaire, elles ont eu un profond impact psychologique (perte de repères, sentiment d’isolement), documenté par la DREES (Étude DREES, 2021). Le retour à la normale a réveillé la vigilance sur l’encadrement de ces restrictions : aucune mesure collective limitant durablement la liberté d’aller et venir ne peut être maintenue en dehors d’un contexte d’urgence grave et temporaire.

Comment les maisons de retraite mettent-elles en œuvre ce droit au quotidien ?

Des protocoles adaptés aux besoins de chaque résident

  • Évaluation à l’entrée : chaque résident fait l’objet d’un bilan global (autonomie, mobilité, cognition). Cela permet d’adapter la sécurité tout en maintenant le maximum de liberté.
  • Information et consentement : le résident et sa famille sont informés des règles en place, des possibilités de sortie et de leur cadre.
  • Déclinaison sur-mesure : par exemple, un résident autonome pourra signer un registre en cas de sortie, garder une clé, ou utiliser une carte d’accès. D’autres auront des accompagnements adaptés.

Portes sécurisées : limites et réalités

Un peu plus de 80 % des EHPAD en France disposent de portes à badge ou à code à l’entrée principale (Ministère des Solidarités, 2021). L’objectif n’est pas de « verrouiller » les résidents volontaires, mais de limiter les risques pour les plus vulnérables. Pour concilier sécurité et respect des libertés, les solutions suivantes sont parfois proposées :

  • Badges personnalisés : donnés à certains résidents, adaptés selon leur niveau d’autonomie.
  • Sortie accompagnée : pour les sorties hors établissement, l'accompagnement par un membre de l'équipe peut être proposé.
  • Jardins intérieurs sécurisés : de nombreux établissements (près de 65 %) favorisent la liberté de circulation dans des espaces ouverts mais contrôlés (source : EHPA enquête PMA 2023).

L’importance du projet individualisé

Le projet d’accompagnement personnalisé (PAP) est une obligation légale en EHPAD depuis 2009. Il permet de formaliser avec le résident :

  • Ses souhaits de sortie et de déplacement,
  • Ses habitudes de vie,
  • Les aménagements ou les restrictions exigés par sa santé,
  • L’engagement de réévaluation régulière (au moins une fois par an, ou dès qu’un changement de situation survient).

Ceci prévient les « restrictions d’habitude », trop faciles à imposer sans vraie justification individuelle.

Quels recours en cas d’atteinte injustifiée à la liberté d’aller et venir ?

Même en établissement, toute personne âgée et toute famille dispose de plusieurs voies de recours, si elle estime que la liberté d’aller et venir a été injustement restreinte.

  1. Le dialogue interne : rencontrer la direction, solliciter le médecin coordonnateur, s’exprimer lors du Conseil de la Vie Sociale (CVS), qui traite des questions collectives et individuelles.
  2. La Médiation : faire appel au médiateur social de l’ARS ou au Défenseur des droits (qui a été saisi plus de 150 fois en 2020 pour ce motif, cf. Rapport Défenseur des droits 2021).
  3. La justice : en dernier recours, saisir le juge des référés (procédure accélérée) si la restriction s’apparente à une « privation de liberté » illicite (privation d’accès à l’extérieur, enfermement injustifié).

Le signalement d’une restriction abusive peut donner lieu à un contrôle de l’Agence Régionale de Santé (ARS).

Quel équilibre entre sécurité et respect des libertés en maison de retraite ?

Respecter la liberté d’aller et venir ne signifie pas ignorer les risques. D’ailleurs, 42 % des résidents d’EHPAD sont hospitalisés au moins une fois par an suite à une chute ou une errance hors établissement ( DREES, 2022).

Pour les équipes, tout l’enjeu est d’éviter les solutions « trop sécuritaires » (portes systématiquement verrouillées, interdiction collective de sortir) souvent contre-productives sur le plan psychologique, tout en restant vigilants à la vulnérabilité des personnes. C’est souvent dans l’innovation que se construit le meilleur compromis :

  • Pistes GPS, montres géolocalisées : pour les situations d’errance à risque, elles aident à retrouver les personnes tout en évitant l’enfermement systématique (testé dans 120 établissements en 2022, rapport CNSA).
  • Accompagnement citoyen : développement de « voisins bénévoles » qui sortent avec certains résidents volontaires.
  • Adaptation architecturale : couloirs circulaires sans chemin sans issue, jardins intérieurs facilement accessibles, mobilier pensé pour la sécurité mais aussi la liberté de circulation.

Chaque établissement a donc la responsabilité d’expliquer clairement aux familles les règles en vigueur, de motiver chaque restriction, et d’assurer un suivi individualisé pour lutter contre la tentation de la « facilité collective ».

Ce qu’il faut retenir et repenser : avancer ensemble vers plus de liberté encadrée

La liberté d’aller et venir reste un enjeu de taille pour les résidents en maison de retraite, leurs familles et les professionnels. C’est à la fois un droit, une responsabilité et parfois, un dilemme. L’évolution des pratiques professionnelles et le renforcement du contrôle des autorités permettent d’aller vers des solutions toujours plus équilibrées et respectueuses. L’objectif ultime est de replacer le résident, quelle que soit sa fragilité, au cœur du dispositif, afin qu’il puisse décider de ses mouvements autant que possible, dans des conditions optimales de sécurité et de dignité.

À l’avenir, le développement d’outils technologiques et la sensibilisation accrue aux droits des personnes âgées permettront sans doute de repousser les limites, pour que la liberté d’aller et venir en maison de retraite ne soit ni une illusion, ni un risque, mais une réalité concrète, adaptée à chacun.

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